Canicule, sécheresse et conséquences


La mort des épinettes. Photo Christopher Krieger / Pixabay


Printemps 2020, nous sommes nombreux à constater que certaines plantes n'ont pas retrouvé leur énergie et leur beauté après ces années de sécheresse et de canicule.


Un adhérent de notre association est malheureux de l'état de ses rhubarbes, un autre de ses rosiers ou de ses hydrangéas et un troisième déplore la mort de ses conifères et de ses bouleaux.


Une plante est un être vivant comme les animaux et les hommes, sensible au climat.


Que se passe-t-il en cas de canicule et de sécheresse ?

Les hommes comme les animaux essaient de se protéger de différentes manières et en se déplaçant vers des zones plus fraîches mais une plante ne le peut pas.

Elle ne peut compter que sur elle-même et quelque fois sur l'aide de l'homme.

Dans un potager, le jardinier paille le sol pour garder la fraîcheur et arrose si les conditions le permettent.


Pourtant, nous avons tous constaté les grandes feuilles des cucurbitacées "piquer du nez" et se flétrir.


Pourquoi ?

Leurs seuls moyens qu'ont les plantes pour se protéger sont leurs stomates.

Ce sont leurs pores ou ouvertures naturelles avec lesquelles elles respirent et qui assurent la photosynthèse, qui leur permettent de vivre et de pousser.

Mais pour nos plantes de climat européen, il leur faut une atmosphère assez humide et de la lumière pour que les échanges se fassent.

L'évaporation normale au niveau des feuilles entraîne les racines à aspirer et capter l'eau et les éléments nutritifs du sol.

Ces éléments arrivent dans les feuilles qui transforment ces éléments nutritifs en sève élaborée qui nourrit les tissus de la plante, et qui redescend vers les racines. A leur tour, elles se fortifient et grandissent. Une plante grandit à partir de et grâce à ses racines.

C'est un perpétuel va-et-vient quand le temps est normal.


Le comportement des plantes en période de canicule :

  • Les stomates se ferment en partie pour limiter l'évaporation, et complètement si la canicule se prolonge.

  • La photosynthèse est ralentie et les feuilles ne sont plus alimentées en eau et en nutriments.

  • Une plante est composée d'environ 90% d'eau.

  • Sans eau qui fait office de tension sur les tissus, les feuilles perdent leur rigidité et flétrissent.

  • La plante respire de nouveau le soir. Les stomates s'ouvrent, la photosynthèse reprend et les feuilles reprennent leur aspect normal.

  • Mais comme la lumière diminue avec le soir, la photosynthèse se fait sur une courte durée.

  • Alors, la plante ne peut plus prospérer normalement, faute d'être alimentée tout au long de la journée.


Les conséquences en cas de canicule extrême sur plusieurs mois :

  • Les plantes annuelles se dépêchent de boucler leur cycle pour assurer leur descendance. Cela se constate aisément sur les céréales. En cas de sécheresse et canicule, la maturité des épis est avancée et les moissons ont lieu avec quelques semaines d'avance.

  • Les plantes vivaces vont sacrifier leur partie aérienne pour tenter de sauver la partie souterraine. Avec un peu de chance, la plante la plus rustique réapparaîtra l'année suivante.

  • Les très grands sujets comme les arbres sacrifient leurs feuilles. D'abord les plus âgées puis les plus jeunes et certains sacrifient brutalement une grosse branche comme l'ont fait certains grands cèdres.



Observations au printemps 2020 suite à la canicule de 2019 dans le Cher

avec un terrain argile-calcaire.


Il est courant de dire qu'il faut attendre une ou deux années pour voir les conséquences d'une sécheresse et ou d'une canicule.

Nous voyons les premiers effets malgré un printemps 2020 quasi normal.


Les grands sujets :

  • Les conifères perdent leur cime. Les bouleaux sacrifient des branches de ci de là et leur feuillage est bien maigre.

  • Les tulipiers de Virginie ont leur ramure clairsemée.

  • Ces sujets étaient grands, âgés seulement de 20 ans. Parce qu'ils étaient dans la force de l'âge, leurs besoins en eau étaient importants.

  • Le tilleul va très bien et chose étrange, le grand saule pleureur, arbre d'eau, a perdu une seule grosse branche et ce n'est pas celui qui semble avoir le plus souffert.

  • Certains pruniers montrent encore les traces de cette épreuve.

  • Les essences locales comme les aubépines et prunelliers ne présentent apparemment pas de séquelles.


Les plantes plus modestes :

  • Les hydrangeas et surtout les hydrangéas macrophylla ont manqué d'humidité atmosphérique. Les soins apportés au niveau du sol en paillant et avec un arrosage de survie n'ont pas suffit à les maintenir en forme.

  • Ce sont des plantes qui aiment l'air humide et assez frais comme en Bretagne.

  • Ils n'ont pas retrouvé leur opulence et leur feuillage est clairsemé, même chez l'hydrangéa à feuilles de chêne. Son âge de 20 ans en est peut être aussi la cause.

  • Certains rosiers âgés ont l'écorce de leurs plus grosses charpentières, brûlée. Elle part en lambeaux.

  • Les rosiers anciens et botaniques ont mieux résisté.


Le cas de la rhubarbe, plante si commune dans nos potagers :

  • Des jardiniers m'ont signalé un changement.

  • Elle a perdu son effrontée opulence. Ses grandes feuilles ont diminué leur taille.

  • C'est une plante d'origine sibérienne et qui vivait bien dans des potagers ordinaires avec comme seules conditions, une terre riche, assez fraîche et si possible à mi-ombre.

  • Pour une plante à grandes feuilles, très exposée au soleil, elle s'en sort malgré tout plutôt bien.


Les questions :

  • Est ce que ces sujets que nous avons dans nos potagers vont retrouver leur santé et leur énergie?.

  • Créer une humidité atmosphérique en cas de sécheresse est-ce raisonnable?.

  • Il suffit de regarder dans la nature, les plantes à grands feuillages sont des plantes de climat humide, de bord d'eau, tandis que les plantes de climat chaud ont l'épiderme dur ou se protègent avec des épines et ou encore sont capables de stocker de l'eau dans leur tissu.


  • On ne peut pas acclimater un cactus à la jungle amazonienne. Pourquoi faudrait-il adapter une plante d' Amazonie au désert?.

  • Ce sont des exemples extrêmes pour faire comprendre que tout n'est pas possible dans nos jardins et que nous n'avons pas toujours la solution.

  • Nous avons encore beaucoup de choses à apprendre des conséquences de cette canicule et sécheresse sur nos plantes.

  • Nous ne savons pas, nous les jardiniers, si la sève devenue chaude a entraîné elle aussi des lésions sur les tissus internes des plantes.

  • Le phénomène de résilience existe-il chez les plantes comme chez certains êtres vivants?.

  • Est ce que ce phénomène climatique va s'inscrire dans leurs gênes et donc leurs graines, et feront des plantes plus résistantes à la sécheresse?

  • C'est ce que dit le jardinier Pascal Poot qui cultive près de Lodève dans l'Hérault, ou plutôt élève et entraîne ses tomates à résister à la sécheresse.

  • Les descendantes de ses tomates ne sont pas exigeantes, acclimatées lentement aux conditions difficiles.



Des nouveaux jardiniers proposent :

  • les jardins-forêt ou jardin en osmose avec la forêt qui fonctionnent un peu comme des oasis.

  • la permaculture.

  • l'agroforesterie.

  • Partout des idées nouvelles surgissent.

  • Nous sommes à l'aube de grands bouleversements et nous nous posons beaucoup de questions. Nous sommes souvent inquiets, perdus mais en attendant, observons, essayons de comprendre et surtout:


Plantons et plantons encore. C'est le meilleur moyen de lutter et de transmettre la vie.

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